Poèmes inédits

La fleur qui voulait devenir papillon

Rêveries de Monsieur Hugo

Gouttes de rosée céleste sur ses pétales

Voluptueusement tu les lèches un à un

Dans les pistils tu vois luire

Sublime illumination

Le casque d’or d’Athéna

Déjà c’est l’Aurore

Qui ondule, trempée de pluie

Ne la laisse pas s’envoler

A sa tige tu l’enchaînes

Tu en fais ton esclave joyeuse

Et, entre ses lèvres pourpres

Immisces ton rêve fécondant.

 

 

Dans les eaux sombres du lac

Tu bois son reflet, créature fantastique

Lumière qui glisse et s’échappe entre tes doigts

Elle est là, auréolée, Licorne fabuleuse.

De quel rêve es-tu issue si ce n’est du mien

Je n’ose me retourner, fragile Eurydice

Animale. Tu es la force, tu es l’instinct

Tuée… Etoilée sur ton flanc écorché.

Dans le monde des ombres ta lumière vacille

Bougie qui s’éteint doucement…

J’ai dix ans, je ne crois plus en toi !

 

 

Une chouette hulule sur un croissant de lune

Elle penche sa tête doucement et je la contemple

Avec mes yeux de sorcière.

Où ai-je mis mon balai, bon sang à croire

Que personne ne fait le ménage ici !

Si je peux voler je vois mon corps en contrebas

Il y a des infirmières, des docteurs et mon père

Qui pleure. Moi légère comme une plume

Je vole vers la chouette là-haut dans la lumière.

Et j’abandonne mon petit chat noir et blanc.

 

 

Tu es arrivé dans un couffin

Avec tes jouets premier âge

Toi mon Gabby, petit chat petit ange

Abandonné trois fois

En trois mois de vie.

Ne pas t’aimer était impossible

Petit chat rose au nez de clown

Tu m’offris ton ventre dès le début.

Je plongeais mes doigts dans ta fourrure.

Je te tiens dans mes bras, n’aie pas peur.

Le Monsieur t’a fait une piqûre et tu t’envoles

Au Paradis des petits chats.

J’ai si mal…

 

 

Sur ton dessin il y a une maison

Avec le toit pointu et des chats qui se transforment

En cheminées

Sur ton dessin le soleil est plus gros que la fenêtre

Et la fleur, que maman.

Sur ton dessin il y a papa qui a quatre doigts

Il est tout petit à côté de moi.

Sur ton dessin papa ne boit pas

Et maman a des ailes pour butiner.

Sur ton dessin il y a une plante carnivore

Qui te vomit. A l’école le Monsieur

N’a pas le droit de te toucher

Là, tu sais, entre les jambes.

Sur ton dessin le ciel est noir et je crache du sang

Le chat est tombé dans la cheminée

Le soleil ne peut entrer dans la chambre

Le toit pique comme un cactus.

Mais sur ton dessin je suis là, petite sœur.

N’oublie pas de tracer le chemin qui conduit hors du dessin.

 

 ...

 

Tu t’appelles Emanon

C’est l’anagramme de no name

Tu as toutes les mémoires

Œil bleu qui s’ouvre sous l’eau

Perles de paupières

Toutes celles qui t’ont précédée

Et qui n’ont pas eu de noms

Depuis le premier organisme aquatique

Dans tes errances orgasmiques

Tu te vois en miroir d’écume

Sous la lumière tout est flou

Tu cherches en vain la preuve 

Que quelque chose est vivant.

 

 

Poèmes inédits dans la revue Comme en poésie n° 77 ( Mars 2019 )