Critique de
Jacques Merceron
Le Vivant recommence & Un bain d'étoiles
J’ai lu votre Le Vivant recommence et votre Un bain d’étoiles parus chez « Encres Vives » (y suis abonné).
Je voulais vous en dire deux mots. La forme et surtout le ton de ce dernier recueil tranchent par rapport à d’autres textes que j’ai pu lire de vous. J’en aime la candeur, la simplicité candide,
qui ne révèle qu’à demi, juste au seuil de la confidence impudique. Candeur guidée par ce temps merveilleux qu’est l’imparfait du souvenir, candeur qui livre le miroitement d’autres facettes. Le
présent aussi qui fait perdurer bercements et coups de griffes. Il y a des amours et des morts à la dérive entraînés dans ce « bain d’étoiles » qui émeut.
Le Vivant recommence, d’écriture plus dense, plus litanique : « je dors dans la brèche d’un mur / où germe un épi fou. » Ne pas retenir, laisser traverser, se laisser traverser : « pierre ouverte
au chant »
Autrement dit, ce me semble : passage du souffle qui devient chant dans une flûte de roseau, cheval qui passe, crinière au vent
La PoézVie : simplement un passage qui perdure, présence en creux d’une traînée dans le ciel ou sur la mer, jusqu’au point où elle disparaît à l’horizon. Et pourtant, rien ne pourra ôter que cela
fut quand bien même toute mémoire en serait effacée ; rien ne pourra faire que cela ne fut pas
Beaucoup de feu, d’éclats ; marche ou élan vers une fusion dans les êtres et les éléments ; « grande circulation des mondes »
« Un feu d’étoile / qui brûle sans consumer » et plus loin, « Elle brûle sans consumation » Au premier, j’ai songé, moi, au feu artiste des Stoïciens, à la trace du char d’Élie dans la nue, mais
c’est sans doute cuistrerie de ma part. Car, plus loin encore et en définitive, « une brûlure douce qui ne cesse de renaître ».
Double compréhension : « Ce matin […] J’ai compris » : mouette ; arrachement au terrestre ; avancée dans la sève noire « et je comprends ». Arrachement et engluement ; s’arracher à l’engluement,
sortir le cou d’un col trop amidonné
« Ici je peux fuir » ; « gué fragile ».
Excusez ces miettes.
*
Dans quel écart / écartèlement, s’il y a, s’insinue, se niche d’une part cet élan vers le fusionnel et, d’autre part, le scalpel tranchant de la lucidité implacable de la critique RAL,M en vous
(ici mot substantif) ?
Catherine Andrieu, Un bain d'étoiles, Éditions Encres vives, 2025.
Catherine Andrieu, Le Vivant recommence, Encres Vives, n° 559, janvier 2026.