L’œuvre peinte de Catherine Andrieu met en scène des personnages le plus souvent féminins, des unions parfois homosexuelles. La blancheur de la peau s’impose à l’œil. Les cheveux s’enroulent dans la masse du corps, se perdent dans le fond ondulant du tableau. Ce fond est parfois identifiable, mais la plupart du temps, il exprime une aura, celle qui s’échappe de ces femmes mélancoliques et torturées.

 

Il y a dans ces toiles un cri silencieux comparable au « Cri » de Munch. L’art de Catherine Andrieu exprime l’éternel mal-être de femmes ordinaires, plongées dans des situations d’attente. Ces femmes sont possédées par la blancheur qui les traverse, sans que l’on sache qui de la peau ou de la lumière les rend aussi spectrales. Ne sont-ils pas là les fantômes qui hantent les nuits du peintre ? N’est-ce pas ici l’occasion de convier les morts à la table de la souffrance ?

 

Peindre ces corps tourmentés est un exorcisme, un moyen de faire revivre les amis disparus. Cette symphonie silencieuse est empreinte de sexualité, mesurée dans le prisme de la douleur. L’expression des corps, des attitudes, naît des sentiments ambivalents qui animent l’âme du peintre. Dans quel monde vient-il puiser son inspiration ? Ces personnages connus, croisés ou imaginés ne sont-ils pas des projections artistiques des angoisses et de l’isolement du peintre ?

 

Au final, nous ne faisons qu’exprimer notre propre réalité, un "Je" présent dans la toile comme une interrogation lancée au spectateur.

 

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Dans ses dessins numériques sur photos, Catherine Andrieu exploite le genre du nu, en suggérant ou en cachant les éléments érotiques afin de donner une autre image du modèle. Que voyons-nous dans ces tableaux ? Une femme en chair déstructurée ou un sujet érotique voire pornographique ? C’est ainsi que certains en ont appelé à la morale pour censurer l’œuvre de Catherine. Or, le péché n’est-il pas dans celui qui regarde ? Un nu n’est-il pas un nu, l’obscurantisme un choix politique ?

 

Ces tableaux « numériques » posent la question de ce qu'il est possible de dire ou de montrer. Le sexe et la mort sont des concepts tabous y compris dans notre civilisation. Il existe toujours une certaine limite à l’expression, dictée par la morale, la religion ou la politique. L’artiste ne fait qu’évoquer les frontières, il propose une esthétique.

 

En ces temps d’obscurantisme, c’est à lui que revient la parole, comme ce fut le cas dans toutes les civilisations. Le thème principal de l’œuvre présentée ici est la femme dans toute sa complexité et sa richesse. On ne doit pas oublier que c’est à sa capacité à exister que se reconnait l’artiste ou la femme, dont le peintre nous donne ici une formidable expression.

 

Daniel Brochard

 

Ci-dessus : La mariée imaginaire  (techniques mixtes)