Poème

Ils ont dressé des anges sur des tessons

 

Extrait

Ils ont gravé ton prénom sur la margelle des latrines,
à l’encre des vendredis noirs.
Là où les crachats sèchent dans les godasses des saints.

Tu marchais,
pieds nus dans une blouse trop blanche,
ta tête pleine de colombes embourbées,
là où les rêves faisaient naufrage sur des pupitres en bois mort.

Ils t’ont mis une auréole en plastique,
et des chaînes aux poignets.
Ils disaient “danse”,
mais c’était “saigne” qu’ils pensaient.

Dans le couloir aux néons fêlés,
tu as vu les mouches écrire des psaumes
sur les lèvres ouvertes des statues.

La cloche sonne —
pas l’école, pas la messe —
mais l’éclatement des os
sous les silences décorés.

Ton ventre,
jardin renversé,
portait déjà les stigmates d’un ciel qui n’avait plus Dieu.

Une porte, une autre,
puis le gouffre avec des poignées dorées.
Les mots ne savaient plus parler,
ils grinçaient comme des dents.

Quelqu’un riait,
derrière un mur,
en regardant tomber la dernière lumière.

Tu t’es levée pourtant,
la robe en feu,
les yeux pleins de vitraux.
Tu as pris le monde par la gorge,
et tu lui as dit :
“Je suis l’ombre que vous avez laissée vivre.”